Eczéma








 
Le corps attend bien
Le corps attend longtemps
Il attend presque sans trembler
Et soudain dans un éclat confesse tout l'impérieux de son besoin
Ma peau craque
Je tiens la tête au-dessus de ses braises
Je n'ai pas la réponse
Cela ne me sera pas pardonné
Je n'ai pas la réponse
Tant de hoquets retenus par ce corps qui ne sait plus l'impatience
Qui pèse de la fatigue à n'exister que pour sa propre fin
En place des mains qui veillent à dessiner sa limite
Des mains qui veillent à le définir
L'eczéma m'avoue
Brûlant et toxique comme une eau-de-vie de contrebande
Un passage en force à travers les vigilances
Je n'ai pas la réponse
Criblant le dos, lacérant le ventre
Le cilice de mes amours déchues
De larges plaintes à vif et la sueur qu'elles pleurent
Chaque nuit, s'échauffant aux insomnies baroques
De l'absence d'une autre peau
Qui veille à le définir en parlant doucement
Rien de l' insolence ne résiste à l'abandon des chairs





Juin 2016







Immobilier










Il y aurait eu un jardin potager
Petit, un peu bancal et des déceptions et des étonnements
Autour des allées
Il y aurait eu des poules, trois
Chacune avec un nom
Et des plumes un peu fades
Elles m'auraient suivie
Comme leur ombre
Je leur aurais appris à lire l'heure
Et à peindre leurs œufs
Il y aurait eu des furies gastronomiques
Des digestions raffinées
Les bruits du soir auraient été amortis par la neige
Il y aurait eu des nuits presque blanches
Saturées d'incrédulité
Souvent
Il y aurait eu ce que j'aurais confié
À ta possibilité
Un écart
Il y aurait eu la certitude
Que tes paroles sur le monde
Allaient apaiser ma fièvre
Que ta distance un peu glacée
M'offrirait les bienfaits d'un purgatif vernal
Quand les effluves toxiques des vilénies m'étouffent







Juin 2016








Rechute








Venue des insomnies au bout des plaines humides
Le trait bien tiré, l'effacement, l'effort méticuleux
Brutalement vains

Un coup sur la nuque de ce temps sacrifié
Aux mains avides d'une idée fixe
Par surprise, un chagrin à vif


Quelque chose d'animal sans possible pardon
Une poussée débordante, un manque absolu
Au bord de l'angoisse de l'énamourée
La rechute




Juin 2016

Hier








C'est hier depuis dix ans
Le bras des souvenirs tièdes autour du cou
Comme si on savait pour toujours
Le temps est une escroquerie
Les distances aussi

C'est hier mais pas demain
Étrange goût pour les vols hasardeux
Dispersés par la turbulence
Le Nord est fait pour être perdu
Avec lui la conduite, la dignité du choix

C'est hier maintenant
Depuis ce jour qui fût compté
Où j'ai cru qu'on allait savoir faire
Sans pouvoir vouloir et après
Que voir quand on ignore où regarder ?

C'est toujours hier
Assez mal demain
Dans des décennies perdues pour si peu de chose
Un grand, un grand, un grand engouement
Recouvrant l'insignifiance du temps 










Juin 2016




Èpluchage






Avec les ongles des heures qui passent
Je pèle ta présence
Ôte tes fibres
Qui ne laissent plus que quelques filaments accrochés à mes synapses
Tu ne grésilles plus là où j'ai attendu
J'y crois à peine
À cette étrange surdité
Qui atténue jusqu'à la protestation de l'absence
L'espace n'est pas vide
Mais il est muet
Je sais, je ne t'entends plus
Dans son absence de substance, je sais
L'oubli est comme une mort lente






Juin 2016










Ce que chacun peut








Le pas est incertain, reconduit sur des rails dont tu ne vois plus les traces
De l'approximatif comme devoir
C'est étrange, l'inconnu
Accroché à des affaires qui semblent obsolètes
Le nez cherche l'air
Pas de ligne offerte aux méandres de l'apocalypse

Débrouille-toi, dévaste-toi, déménage-toi !
Radicalement à peu près
Au mieux de ce que tu peux, surnage !
Le spectacle est source de nausée chronique
Ferme les paupières aux rasoirs des horreurs
Pleure au dedans d'une tristesse sans fond, n'attends pas

L'amour des tiens et des leurs, tu le regardes s'enflammer
Indistinct sous les huées de la foule
La masse s’affole, disparais !
Tu serres le mouchoir de la raison comme la bouée de tes vieux rêves
Serrée autour des narines de ton entendement
Basculée, soumise aux rébellions indéracinables

Fais au mieux ton labeur, sondant les limites de ta grâce
Sans espoir pour le lendemain des échéances
La sagesse a fondu sous des coulées d'envie
Tu sais que le vil est noué à la rédemption
Et qu'il s'y cache comme son cancer secret

Fais au mieux
Fais au mieux
Fais au mieux
N'espère rien. 





Janvier 2016









Retour à la source







Faudra-t-il donc que la nuit soit devenue claire
Que les gestes des départs s'enchaînent sans se heurter
Faudra-t-il qu'il n'y ait plus à retrouver que l'air mentholé des halls
Et leurs ascenseurs rutilants
Pour que, c'est presque un silence
Pour que ne battent les systoles enfin qu'en m'écoutant ?
Pas de spectacle à inaugurer
Sauf celui de mon jeu éphémère
Pas de preuves à donner
Sur ma façon de subsister en me courbant
Pas d'exaltation
Est-ce donc ce qui manquerait ?
Quand tout s'annonce intéressant simplement ?


Je viens vers un pays où jadis j'ai cru perdre ma sève
Lâchée çà et là sur les plate-formes d'une attente sans corps
Un pays où l'homme était sombre et dur
Dressé contre la question posée à mon destin
L'écrivant sans moi puis me laissant en déchirer la page
Avec les dents
Je reviens là où j'ai brandi l'étrange
Comme une arme contre l'oubli et l'ennui d'exister
Ma quête d'un appui est devenue légère
Et avec elle l'empoignade de l'autre
Le réveil fût interminable
Traçant un trait sur la cacophonie de la cité 
Je ne dessine plus que des ombres qui se taisent







New York moins cinq jours
Décembre 2015







Croquer une pomme







Le nord des Amériques appelle et sa langue
New York va m'ouvrir les bras et m'étrangler
Des retrouvailles zélées
Des représailles contre l'oubli 
Divaguer, se perdre
Religion des errances
Partir sans compter
L'hiver m'attend et ses danses 






Décembre 2015

Voyage dans quelques semaines






Voeux

















Là où nous sommes, ou presque
Les bonnes, les vraies raisons
Broyées dans la poigne d'acier de l'incertain
Dis-moi, m'entendrais-tu si je te tendais l'oreille ?
La tête baissée, la tempe presque au sol, dis-moi
Partagerais-tu ma perte ?
Et ce chemin impossible à tracer
M'aiderais-tu à le contourner
Pour aller vers des lieux inconnus
Et laisser, au creux des pensées brûlantes
Une fontaine ?

Serais-tu l'écho de ma paix malmenée
Celui qui sait qu'il faut se taire 
Et mes questions acides, tendues comme des arcs
Pourrais-je les poser sur ton front ?
Pourrais-tu t'égarer en ma compagnie
Dos à dos et l'un dans l'autre
Pour aimer ce monde autant qu'il nous rejette
L'enlacer, l'encercler dans nos savoirs obscurs
Nous donner l'un à l'autre pour tout ce qui nous perd ?







Décembre 2015





Bilan





S'est posé au creux du cou un état
Toléré faute d'autre issue
Cohabiter avec une ombre est un sacerdoce
Un travail peu précis parfois

L'espace vibre et j'y grandis
Menée aux possibles de main de maître
La vie bruyante en berne
Attendant, assez discrètement

C'est une médication de la neutralité
Du bon vouloir
J'hiberne
Assez multiple, assez ouverte au flux

Mais sans joie
Dénuée d'effervescence
Atténuée d'exaltation stupéfiante
Pleine à craquer de rudiments

Je vais au front de mes patiences
M'avoue vaincue sans le cacher
J'inonde encore un avenir
Mais pas celui des étreintes.





Décembre 2015





 


Silence










C'est toujours à l'arrière du dernier méandre que se tient l'inconnu
Et toujours reconduit, ce qui s'y dessine est un à peu près
Il s'agira, il s'agira d'apprendre encore
Apprendre mieux comment se couvrir du blanc d'un doute impénétrable
Avec ténacité et méthode
Happant les interrogations et devenant leur sève
Sans plus, sans plus
Se nourrir des questions sans attendre plus
Et apprendre encore
Apprendre, en sachant que peut-être
S'imposera enfin ce qui est juste et sage
La réponse. La nécessité du silence













Septembre 2015













Peau Morte






L'expérience est ce qui reste derrière l'idée
Quand de nouveau du temps vacille
Laisse émerger la possibilité d'un passé
Suivant un mouvement discret
Une à une les cellules mortes disparaissent
La réalité d'acier a fini par peler l'épiderme des songes
Ce qui demeure est indécis
Mal orienté ce qui avance
Après un si long engourdissement vient l'agitation des questions
Celles qu'on pose au mur qui était devant soi
Revenir dans sa chair est un effort certain, une tâche ingrate
Quand tout laisse penser que la peau a été arrachée pour de bon
Pour de vrai  dépecés les plus forts désirs
Réduits à un frisson léger sur l'avant-bras





Août 2015





 


Fenêtre sur cour








Le fenêtre ouverte laisse s'enfuir ton ombre
Entre les voûtes vibre le son d'autres voix
Les jours se poussent et s'entassent dans les angles de ma mémoire
L'horizon est lisse. Je n'y suis pas

La fenêtre ouverte laisse s'enfuir ton ombre
La succession des tentatives d'accostage
M'amène sur un quai où l'air est encore inerte
L'horizon est vaste. Je m'y poursuis

La brise venue d'ailleurs fait battre les ventaux
Le rythme tendu du silence entre deux systoles
Heurte mes talons qui tremblent
L'horizon est une faille. Je m'y vois

La fenêtre ouverte laisse entrer les bruits lents
Et les retours, et les passages
Les bercements d'autres nuits pleines
L'horizon est doux parfois . Je m'y cherche




Juillet 2015


Amenuisée







J'avais cultivé la terre, appris les saisons et les défauts des sècheresses
Percé à jour les récoltes de végétaux avec tendresse, arrosé au soir
J'avais groupé tous ces fruits sur une table libre de tout passé
Décidé des mélanges, décidé des temps de maturation
Accompagné l'inconnu vers ses dévoilements
J'avais attendu, j'avais attendu
Que les goûts soient à fleur de peau et la mémoire magnanime
Puis lentement ouvert le besoin d'offrir avec les doigts qui me restaient
Pour répandre les arômes de ce savoir nouveau
Ordonné les plats, placé les condiments autour des bouches
Nourrir l'Aimé
Des heures à émincer, broyer, passer, presser, découper
La graine de mes rébellions et de mon impatience
Des heures, des jours à apprendre la minutie des alliances
Il est trop tard, tout a brûlé
Mes fonds sont calcinés
La porte de mon dos a dû rester fermée
Toutes les nappes dentelées tendues sur l'inconsistance
Les verres sont vides et l'espace au milieu des senteurs
Personne n'a su venir déguster ces essais
Personne n'a su goûter mes exaltations
Ni ma pulpe
La matière s'en va en lambeaux
La matière des jours, de l'attente et des mirages
Le temps du repas distordu dans les mémoires
Un moment de rien
 Maintenant au fond de ce jardin
Où j'avais planté les dards de ma conscience
Je vois une ombre. Elle est là depuis longtemps 





Juillet 2015








Profondément






Dedans, le remous s'étend à toute dimension
Avec un point d'honneur sur les profondeurs
Le but est clair mais non la voie
Le but parfois s'efface sous les coups de battant des substances

À ignorer qui me trouve quand je me cherche, j'y perds les bords
Les bastingages de l'existence qui me précède
Je la dessine et elle me sert
Je veux la serrer sans dessein

Toujours plus loin vers l'horizon des sens cachés
Des sens abrupts aux entendements
Toujours plus chavirée par le tangage des causes
Et le surprenant silence des effets

À plus tard mais quand ?
Je ne me perdrai pas plus
J'hiberne dans le trou de mes  écarts
De faction dans l'inconnu
Je devance l'attente





Juillet 2015





L'Amour de la Plomberie








Ils sont là, les seuls trucs d'homme que j'aie jamais compris
Des vis à desserrer, des écrous à envelopper
Des tuyaux, des vidanges
Des hourras silencieux et des agacements
Il y en eut des outils à manipuler pour comprendre l'ordre des choses
Des fonctions, des mécanismes
Des pompes, des fosses sceptiques
Des joints
Des boîtes à fusibles hantées
Des machines à laver à l'agonie
Des télécommandes tombées dans la démence
De la matière à commander
De la matière à domestiquer à coup d'entendement
La panne, l'effondrement soudain


A travers la boule de cristal insondable du célibat
Résoudre les énigmes aurait pu me rendre plus futée
Quelques-uns de mes neurones sont irrémédiablement soudés
A la sensualité des chantiers 
Sans un Darling sagace à mes côtés 
 J'aurais pu me sentir souveraine
Suant sang et eau sous mon bleu
Ma fierté s'est fait visser par des cruciformes sans pitié
L'évier du Dimanche déborde et je rampe
Têtue jusqu'à l'épuisement
Faire, défaire, refaire, redéfaire, rerefaire
Gouttes, encore
La plomberie n'a pas encore rallié la foi de ma boîte à outils.




Juin 2015





Au nom de la Mère






Comme parler, prenant appui sur les couches de nuages
Comme te parler au-dessus de cet Atlantique que j'ai voulu poser
Comme une vitre sans tain sur ma destinée
Ramène avec les épreuves
Par bouffées la vibrance de l'enfance et quelques éclisses de sa joie
Un peu d'insouciance dans la gorge des mères ?
Là où tout de la gravité est lové aussi ?
Un moment d'accrochage dans le vide des certitudes
Le point de ralliement d'une course sans fin pour te fuir
De retour, voilà où je suis
Et l'apaisement de cette lutte pour m'échapper
Amène au front entre les gouttes de sueur
Les marques solides d'un point d'appui





Juin 2015

Peaux d'Illusions



La voix des Rêves continue de vibrer dans le lointain
Au fond de la salle de réception des décisions subites
Ils grouillent depuis toujours, offrant entre deux soupirs
Leur attention, leur dévotion intouchables
Ils ont grandi, se sont approchés les uns des autres
Ils ont bâti des cathédrales transparentes
Ils ont parfois tourné leur dos à la Réalité fumante
Puis plus sages, l'ont enveloppée doucement de leur persuasion

Ils ont dû travailler à se tenir en équilibre
Marchant pas à pas à travers des terres rebutantes
Piégés parfois par les étendards clinquants de la Croyance
Ils lui ont survécu, obstinément
C'est une cicatrisation longue et éprouvante
Garder sous le scalpel des Faits l'étonnante énergie de l'Idéal
Après l'avoir pelé comme un fruit, jetant au loin et pour toujours
La peau dégénérée des illusions



Juin 2015






Epinière







La colonne vertébrale des excitations se redresse, vivant sa propre fiction
Je m'attache à la mienne et la frictionne
Sans plus
Les organes s'expliquent entre eux sans moi
Le futur, le futur
La pièce maîtresse délabrée extraite des accidents
Sans forcer la main des Runes
Humble à souhait sous leur désir obscur
Je veille à la lenteur de mon remue-ménage
M'ausculte les cœurs de plomb, mais l'espoir, l'espoir
Il en va d'une cantilène à écrire sans refrain
Une mélopée fredonnée depuis le fond des âges
Restée, restée obstinément sans aucun son vraiment connu






Juin 2015 








Directive






La marche s'opère le long d'un escarpement sans visible fin
Pas à pas, la main touchant pour s'orienter les messages encodés des rêves
Le vide n'est pas sombre
Le vide est une faille dans laquelle la chute est invisible, se tenir

Je m'obéis au doigt et à l’œil
Programme avec rigueur la réfection, la maîtrise minutieuse du temps
Me retrouver dans une toile découpée en fines lames
Des rasoirs qui avaient laissé quelques cicatrices bleues, avant

Je prends les échos innombrables du réel à plein bras et leur donne forme
A la minute près, j'écoute chacun de leur battement
Je laisse au fossé l'allégeance à la peur
Et tente d'entr'ouvrir les rideaux lourds des scènes abandonnées

J'avance dans des soubresauts, des sorties discrètes
J'avance sur l'emploi du temps de défaites surannées
Avec l'envie comme un point d'eau, de m'asseoir sur les ferries ombragés
Enfin.  Repartir vers la respiration du large






Juin 2015


Seconde Peau







Ce sont des épousailles sans cérémonie
Autre que la quête absorbante de l'effusion
La vitalité des mots
Attachés, attachants, archivés, cachés derrière leurs ombres passantes
Me propulse au-delà des fonds sans envergure
Là se plie le sort
Se conjure l'aridité de l'arbitraire
Les fiançailles ont été douces et persistantes
Les greniers emplis à ras bord de nuances imprononçables, lumière, murmure
J'y enfouis les doigts, effleure les échines brutales et fières

Je déclare mon amour sans retenue à des brassées de mots
Mutilées, paraplégiques, haletantes sous l'intensité de mon besoin
Radieuses au soir
Luisant en balises clémentes dans le noir absolu des détresses
Je déclare sans frémir mon amour indomptable
Plus fort qu'aucun jamais
Un amour né dans la première goutte de liquide amniotique
Là où personne ne vint jamais mouiller ses lèvres

Des brassées de mots
Palpitantes, je me nourris de leur moisson immense
Me vautre dans les germes et les possibles mûrs
Généreux, renouvelés, fidèles à l'infini
Sauvez-moi, sauvez-moi !
Sous l'abondance sans retenue des désignations
Présentes depuis toujours, attendant, pénétrant ma vacance
Prêtes à se dévoiler sans décence, me rejoignant
Seule à seule dans notre commune immersion

La fête est inépuisable
Son écho vient napper les gorges encore saignantes
Ouvre sans peine chaque artère où je nage à foison
Écrire me survit
J'y cherche à corps perdu les volumes de ce que j'ignore
Une forme sans borne où sangler le chaos




 
Mai 2015 









Métastases de la Joie




Au tout début, comment savoir ?
Dans d'imprévisibles chutes d'espoir on sentait
On sentait quelque chose de léger s'égarer
On sentait, on sentait
Attribuant aux gris invertébrés des fins d'après-midi
Cet état d'affaissement passager de l'assurance candide
Cette fugace nausée
Puis le syndrome prit en ampleur
S'émancipa jusqu'à briser en éclat le rire
Radieuse, plus beaucoup, peu bouleversée par les fragrances du lilas précoce
Ni par les mirages à caresser le soir, tard
Il est là, le diagnostic
Écrit sur les flancs des embarcadères délabrés
Dans ces tumeurs malignes qui jonchent les sols où l'on a dansé, dansé
Tout en portant le très pur fardeau d'être
L'invasion s'est faite dans un silence de plomb
Quand on oubliait, quand on croyait encore, qu'il n'était pas l'heure
Sous la prolifération de métastases sans état d'âme
Bruissantes, ayant condamné chaque instant à se perdre dans l'obscurité des termitières
On sait, on sait
Derrière son sourire marmoréen
La Joie est devenue cachectique
Les secousses de l'innocence réduites à un balancement
Bercement dernier des moments flamboyants
Où la gaieté qui palpitait au noyau de chaque cellule
Est maintenant immobile sous le sarcome




Mai 2015





Reddition




L'atterrement, celui qui laisse immobile, planté au centre d'un sens caché
Réside comme le Prince despotique qu'il est dans cet univers sans conduite
Il est au-dessus de ce qui, jour après jour, heure après heure garantit, toujours par surprise
Que jamais la paix n'adviendra, que jamais le monde et ses saltos ne m'accorderont la grâce
Malgré les années zélées, l'application à se sortir indemne des basses fosses
Des fils étrangleurs des gouvernances tentaculaires
Jamais, jamais, jamais ne viendra la quiétude
Celle qui ne peut se manifester que dans une libération
Échappant à la tension constante de l'épreuve lovée au creux acide de l'estomac


L'empire des industries est féroce, sa providence ne m'apprécie guère
Œuvrant avec un talent presque insensé sur le chemin où j'attends avec calme le moment où les tempêtes se calmeront enfin
Il heurte de son poids de bête mon crâne pour me persuader que je crois aux miracles
Et que c'est une faute grave
C'est fait, je sens avoir touché un bord difficile à cerner, mais que je reconnais sans hésitation comme celui de mes limites
Voilà, je jette l'éponge au dernier Urubu, baisse les bras, je refuse le combat
Trop d'années dans ce corps soumis aux assauts sans frein des malchances et des coups bas
Trop de riens vides, trop de peines pleines

Et si j'attendais encore une ombre protectrice contre les UV acharnés à me brûler de la tête aux pieds
Je sais maintenant, je sais, au centre de cette arène désertée que de l'ombre, il n'y en a pas
Seul reste un nœud étranglé dans l’œsophage avec lequel je devrai m’accommoder à disparaître
Me disant aussi d'une voix claire que, quitte à être ainsi pointée par le doigt d'une malchance exemplaire
Je pourrai aussi bien aller moi-même  le couper, me taillant partout ailleurs
Du moins, là où j'ai cru être.





Mai 2015








L'Heure



Ç’aurait dû être l'heure, à cette heure, ç'aurait dû
Comme à celle d'avant, pas si lointaine
Il n'y a plus d'heures à venir
L'une après l'autre déjà dissoutes dans l'eau fangeuse des mises à exécution
C'était l'heure avant
Celle où devait s'arracher des paumes humides, dans le confort des tâches enfin closes
Les rejetons des afflictions attachées au poignet comme des chiennes
Enfin, enfin englouties dans les viscères
Enfin l'heure des dégustations lentes et des regards vers les ombres musclées de l'épreuve s'estompant
C'était là, à portée de volonté, un moment de grâce arraché à la constance impavide des  malveillances
De ce qui d'heure en heure prend la courbe peu visible d'un destin
C'était là, et présent comme la ligne d'arrivée brûlante d'une course qui épuisa les décennies passées
Il y avait dans chaque foulée l'idée de sa propre fin
La certitude d'anoblir l'abject et d'en extraire sa magnitude aurifère
C'était l'heure il y a longtemps, et je l'attends encore
Convaincue par les bruits amortis si lointains de la paix et des songes
Qu'à vie est la condamnation à l'enfermement
Muets batailles et efforts, travaux obstinés, croisades pour rejoindre des idéaux surannés,  extraction à l'infini de la patience
N'ont eu comme réverbération
Que le frémissement du salpêtre sur les murs d'une incarcération opaque
D'où ne sourd avec constance qu'une tristesse sans fond
S'égarant elle aussi dans le vide peu bavard des énigmes fatales.





Mai 2015



Se pencher



La lutte est âpre, peu encline aux concessions
L'air du temps s'est fait agenda de la préservation
Au-dessous, le marigot que je parfume au matin, comme si
Je me tiens aux décisions tirant vers moi ma propre convalescence
Je me tiens à moi, c'est peu
J'ignore quelle partie saura m'assurer de ses soins 
Avec obstination, je me soigne heure par heure
Jamais remise
En désordre mais imperturbablement fixée à mon vœu d'arrachement 
Tout est en débat entre ce qui me tient, corps céleste, efforts musclés
Prise quotidienne sur les élans et les émois physiques
Et là, derrière, agissante comme une maquerelle expérimentée
Ma lourdeur
Ma peine à me suivre
Ma peine à me croire
Ma peine à m'émouvoir de me voir
Parfois si pesante que les foulées de la course en sombrent dans l'oubli
Ce qui manque manque
C'est, quoi que je puisse en vouloir maîtriser
Un fait
Le reste, ma volonté inébranlable, n'est qu'une prothèse mal fixée
Quand elle bouge un peu, je vois, je vois
D'aphasiques empans vides que j'observe avec fascination






Mai 2015