Amenuisée







J'avais cultivé la terre, appris les saisons et les défauts des sècheresses
Percé à jour les récoltes de végétaux avec tendresse, arrosé au soir
J'avais groupé tous ces fruits sur une table libre de tout passé
Décidé des mélanges, décidé des temps de maturation
Accompagné l'inconnu vers ses dévoilements
J'avais attendu, j'avais attendu
Que les goûts soient à fleur de peau et la mémoire magnanime
Puis lentement ouvert le besoin d'offrir avec les doigts qui me restaient
Pour répandre les arômes de ce savoir nouveau
Ordonné les plats, placé les condiments autour des bouches
Nourrir l'Aimé
Des heures à émincer, broyer, passer, presser, découper
La graine de mes rébellions et de mon impatience
Des heures, des jours à apprendre la minutie des alliances
Il est trop tard, tout a brûlé
Mes fonds sont calcinés
La porte de mon dos a dû rester fermée
Toutes les nappes dentelées tendues sur l'inconsistance
Les verres sont vides et l'espace au milieu des senteurs
Personne n'a su venir déguster ces essais
Personne n'a su goûter mes exaltations
Ni ma pulpe
La matière s'en va en lambeaux
La matière des jours, de l'attente et des mirages
Le temps du repas distordu dans les mémoires
Un moment de rien
 Maintenant au fond de ce jardin
Où j'avais planté les dards de ma conscience
Je vois une ombre. Elle est là depuis longtemps 





Juillet 2015